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SAGE FEMME

un film de Martin Provost.

Les deux Catherine (Frot et Deneuve) pouvaient-elles rêver mieux que ce film pour leur première réunion à l’écran ? Le réalisateur, en tout cas, l’affirme, c’est pour ces deux actrices (ainsi que pour Olivier Gourmet) qu’il en a écrit le scénario. Le résultat est là, maintenant, dans nos salles obscures, et il est formidable. On se délecte de les voir dans leurs scènes communes et de les entendre se donner la réplique et, qui plus est, dans un film aussi beau et émouvant que celui-ci.

L’histoire imaginée par Martin Provost s’imprègne tout entière de grands élans contradictoires (offense et pardon, égoïsme et générosité, frivolité et don de soi) sans jamais faire la leçon cependant. Au contraire, tout y est incarné, à la fois marqué de vraisemblance et se dotant des accents d’une fable.

La « sage (-) femme » du titre, avec ou sans le tiret, c’est Claire (Catherine Frot), une femme d’une quarantaine d’années, mère d’un fils, Simon (Quentin Dolmaire), et travaillant dans une petite maternité qui doit bientôt fermer ses portes au profit d’une plus grosse structure (au passage, le film milite, à sa façon, pour le maintien des petites unités de proximité à taille et à visage humains plutôt que pour les grands ensembles hospitaliers ne fonctionnant qu’en termes d’efficacité et de rentabilité). Claire, tout en étant attachée à des principes et à des valeurs, apparaît rapidement comme une femme d’une extrême générosité, se donnant sans compter pour les autres, que ce soit dans son milieu professionnel ou ailleurs.

Or sa grandeur d’âme se trouve mise à l’épreuve lorsque réapparaît dans sa vie une femme perdue de vue depuis longtemps, Béatrice (Catherine Deneuve), celle qui, après avoir été la maîtresse de son père, l’avait quitté, ce qui avait causé le désespoir et le suicide de ce dernier. A Paul (Olivier Gourmet), un voisin de son carré de jardin avec qui Claire ne tarde pas à nouer une relation plus qu’amicale, elle pose la question : « Que ferais-tu si quelqu’un ressurgissait dans ta vie ? Quelqu’un qui t’a fait beaucoup de mal ? » – « Je changerais de trottoir ! », répond ce dernier.

Mais ce n’est pas ce que fait Claire : non seulement elle ne change pas de trottoir, mais elle provoque la rencontre avec Béatrice et sans intention de vengeance. La femme que redécouvre Claire est son exacte opposée, une femme frivole qui gagne sa vie en jouant à des jeux louches dans des salles clandestines. Pourtant il se noue entre elles quelque chose d’inattendu, comme si chacune, sans le vouloir, apportait à l’autre une part manquante de ce qui contribue à l’épanouissement de la vie. D’une certaine façon, Béatrice trouve en Claire une fille et celle-ci une mère de substitution. Bien sûr, tout n’est pas aussi simple que cela, les relations humaines demeurent complexes, d’autant plus que Béatrice est fragilisée par un cancer.

Le réalisateur s’est bien gardé de trop simplifier ses personnages. Béatrice a beau être une femme légère et plutôt égoïste, elle n’en est pas moins capable de générosité. Quant à Claire, elle s’engage dans un tel dévouement au service de celle qu’en toute logique elle devrait haïr qu’elle en devient quelque peu énigmatique. On peut affirmer, me semble-t-il, qu’elle fait découvrir à Béatrice ce que c’est que d’aimer son prochain. Et l’on peut dire de ce film, je crois, qu’il est une célébration de la découverte de l’autre, du service d’autrui et du bonheur d’être ensemble. Les deux ou trois séquences au cours desquelles les protagonistes écoutent (et, parfois aussi, chantent) des chansons du cher et regretté Serge Reggiani en sont peut-être l’apogée.

Mais d’autres grands moments du film sont ceux qui exaltent le don de la vie. Les scènes d’accouchement qui l’émaillent m’ont semblé particulièrement belles et émouvantes, d’autant plus qu’elles ont été tournées sans trucages. Et Catherine Frot y apparaît particulièrement superbe : dans son rôle de sage-femme, elle est bien celle qui aide et accompagne afin qu’advienne le cadeau de la vie. Que peut-on montrer de plus beau que cela ?

NOTE:  8,5/10

Luc Schweitzer, ss.cc.